Intéressé par les approches transdisciplinaires et holistiques de la recherche, le Dr Jochen Jaeger enseigne au Département de géographie, d’aménagement et d’environnement de l’Université Concordia (Montréal). Il a obtenu son doctorat au Département des sciences de l’environnement de l’ETH Zurich (École polytechnique fédérale de Zurich) en 2000. Les recherches menées dans son laboratoire portent principalement sur la fragmentation du paysage, l’écologie routière, l’étalement urbain et l’évaluation de l’impact environnemental. Parmi les exemples, citons l’efficacité des ceintures vertes pour atténuer l’étalement urbain, l’efficacité des clôtures et des passages à faune pour réduire la mortalité de la faune sur les routes, ainsi que la connectivité des espaces naturels en milieu urbain en tant qu’indicateur de l’indice de biodiversité urbaine (CBI). Tout récemment, une équipe d’étudiants de son laboratoire a développé un modèle prédictif des zones à haut risque de mortalité pour les tortues sur les routes du Québec. Il se réjouit de discuter avec vous des moyens de s’attaquer au problème épineux de l’expansion urbaine rapide et de la construction routière à Montréal.
L’expansion urbaine à Montréal a augmenté de manière spectaculaire au cours des 70 dernières années, dépassant la croissance démographique et entraînant l’imperméabilisation des sols, la perte d’habitat, une dépendance accrue à la voiture et des émissions de gaz à effet de serre plus élevées. L’expansion urbaine est l’opposé de la durabilité. Comme la planification traditionnelle a été inefficace, cette présentation propose un cadre d’objectifs et de limites spécifiques à l’expansion urbaine pour Montréal afin de guider le développement futur. En comparant sept scénarios pour Montréal jusqu’en 2070, la recherche identifie un cheminement durable et souligne le besoin urgent d’une ceinture verte pour protéger les terres agricoles et les zones naturelles et ralentir l’expansion.
Au cours de cette conférence, le Dr Jaeger a posé le cadre en décrivant comment l’étalement urbain à Montréal s’est accéléré depuis les années 50, dépassant de loin la croissance démographique de la ville. Ayant des répercussions sur les habitats naturels, l’intégrité écologique et le bien-être social, l’étalement urbain se définit comme une expansion incontrôlée et désordonnée de la zone bâtie d’une ville au détriment des écosystèmes environnants. Bien que les habitants aient besoin d’infrastructures, lorsque l’étalement urbain dépasse les besoins de la population et se fait de manière non planifiée, ses inconvénients peuvent l’emporter sur ses avantages. Pour évaluer l’utilité des infrastructures, le Dr Jaeger souligne qu’il faut tenir compte a) de la superficie couverte par la ville, b) de la dispersion des bâtiments et c) du nombre de personnes qui les utilisent.
Ces trois facteurs entrent dans le calcul de l’indicateur de prolifération urbaine pondérée (WUP), un chiffre simple qui permet d’évaluer l’efficacité avec laquelle une ville utilise son espace bâti (Jaeger & Schwcik, 2014). Les petites villes ou les villes dispersées ont généralement un WUP faible, tandis que les banlieues axées sur la voiture ont un WUP élevé. Les centres-villes denses des villes européennes (et de Montréal) ont un WUP faible en raison de leur densité et de leur forte utilisation, mais à la périphérie d’une ville, cette densité et cette efficacité ont tendance à diminuer, ce qui entraîne un WUP élevé.
Les recherches du Dr Jaeger ont révélé une augmentation exponentielle de la zone d’activité urbaine (ZAU) de la région métropolitaine de Montréal entre 1981 et 2011, qui a été multipliée par 29 entre 1971 et 2011. Une tendance préoccupante similaire est observée à Québec. Cependant, à Zurich, en Suisse, le WUP n’a augmenté que de 1 % au cours de la même période. En quoi l’urbanisme de cette ville est-il différent ?
S’inspirant d’exemples de réussite européens, le Dr Jaeger recommande onze mesures visant à limiter l’étalement urbain, allant de la délimitation des zones d’habitation à la protection des espaces ruraux, en passant par la restriction des zones constructibles et la concentration et le regroupement des axes de transport. Certaines de ces mesures sont en vigueur en Suisse depuis le XIIIe siècle, et toutes ont pour objectif d’encourager et d’imposer la modération.
En appliquant ces recommandations à Montréal, le Dr Jaeger propose sept pistes possibles pour l’avenir de l’urbanisme montréalais. À moins que l’étalement urbain ne progresse qu’à la moitié du rythme de la croissance démographique, notre ville n’est pas sur la voie de la durabilité — et le seul avenir véritablement écologique passe par l’arrêt complet de toute construction sur les terrains qui ne font pas encore partie de la ville. En bref : nous devons construire en hauteur et en densité, et non plus en étendue, sinon le problème de l’étalement urbain à Montréal continuera d’avoir des conséquences écologiques désastreuses.
Parmi les moyens de mettre en œuvre cette croissance réfléchie, on peut citer la ceinture verte, qui imposerait une limite extérieure à la zone urbanisée, ou les « coins verts », une technique utilisée à Vienne et à Münster. Le Dr Jaeger et ses collègues ont démontré que les ceintures vertes contribuaient à réduire considérablement l’étalement urbain, principalement en incitant les villes à se densifier plutôt qu’à s’étendre (Pourtaherian & Jaeger, 2022).
Les enseignements tirés de la recherche en urbanisme, la mesure précise de l’étalement urbain et l’exemple des villes européennes bien planifiées nous montrent que Montréal doit commencer à prendre au sérieux son problème d’étalement urbain. Sans réglementation, Montréal continuera de s’étendre sur des terres agricoles de grande valeur et des habitats riches en biodiversité, deux ressources déjà rares et indispensables dans le sud du Québec. Pour lutter contre ce phénomène, nous avons besoin d’une ceinture verte et d’un urbanisme réfléchi et collaboratif afin de garantir que les nouvelles constructions s’inscrivent dans les priorités de la ville en matière de développement durable.
La séance de questions-réponses du webinaire commence à 49 min 05 s.



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